On a Wednesday Night in Tokyo, 2004 © Jan Verbeek

« Configurations », projection d’une sélection d’œuvres par Chantal Molleur, commissaire d’exposition (White Frame).

[English below]

Conçu en résonance avec l’exposition Persistances, « Configurations » réunit six courts métrages qui explorent la manière dont les espaces sont produits, perçus, habités, contrôlés, imaginés et transformés. À travers l’animation, le cinéma d’observation, l’essai filmique, la fiction et le documentaire expérimental, le programme envisage l’espace non comme un simple décor, mais comme une réalité façonnée par des forces, des comportements, des mémoires et des systèmes de pouvoir.

Dans « Flow », Adriaan Lokman rend visible l’un des éléments les plus insaisissables qui nous entourent : l’air. Courants, turbulences et pressions deviennent une manière de percevoir le monde, suggérant que l’espace se définit autant par des forces invisibles que par des formes solides. « On a Wednesday Night in Tokyo », de Jan Verbeek, déplace cette question vers le corps. Dans l’espace comprimé d’une rame de métro tokyoïte, l’espace urbain devient une chorégraphie de densité, de discipline et de routine, où le mouvement collectif est régulé jusqu’aux limites de la capacité physique.

Avec « Paradise », Max Philipp Schmid examine une autre forme de construction spatiale : l’enclos. Jardins, serres, clôtures et paysages soigneusement aménagés deviennent l’expression du désir de créer un environnement idéal, tout en révélant des tendances à la séparation et au repli. La question de savoir qui peut s’approprier ou créer un espace prend une dimension plus intime dans « Warsha » de Dania Bdeir. Au-dessus de Beyrouth, un grutier transforme temporairement un lieu de travail dangereux en territoire privé, un espace où un autre soi peut émerger, à l’abri des regards de la ville en contrebas.

Le programme se tourne ensuite vers des espaces effacés. « The Orchards » d’Antoine Chapon aborde la destruction de Basateen al-Razi à Damas, un quartier et ses vergers rasés à la suite du soulèvement contre le régime syrien. L’espace persiste ici à travers la mémoire, les témoignages et les images, même après sa disparition matérielle. La reconstruction devient à la fois un acte politique et cinématographique : ce qui a été détruit peut encore être rappelé, recomposé et contesté par la représentation.

« Minimal Sway While Starting My Way Up » de Stéphanie Lagarde clôt le programme en prolongeant ces questions sur un axe vertical et systémique. À travers la conscience d’un ascenseur intelligent, le film relie la hauteur extrême de la tour spéculative aux profondeurs extrêmes de la mine. Architecture, extraction, technologie et capital s’inscrivent dans un même continuum spatial, rendant visibles des relations habituellement dissimulées.

À travers ces œuvres, l’espace apparaît comme instable et relationnel : éprouvé par le mouvement, comprimé par les infrastructures, délimité par le désir, approprié par l’imagination, reconstruit par la mémoire et organisé par des forces économiques et politiques. Plutôt que de proposer une définition unique de l’espace, « Configurations » rassemble différentes manières de comprendre la construction des espaces et, en retour, la façon dont ils façonnent les corps, les vies et les histoires qui les traversent.

Entrée libre et gratuite.
À la suite de sa présentation à La Kunsthalle Mulhouse, « Configurations » sera disponible dans le monde entier pendant une semaine dans le cadre de WF Online Series 2026.


[ENG]

“Configurations,” a screening of a selection of works curated by Chantal Molleur (White Frame).

Conceived in resonance with Persistances, « Configurations » brings together six short films that explore how spaces are produced, perceived, inhabited, controlled, imagined and transformed. Moving through animation, observational cinema, essay film, fiction and experimental documentary, the programme approaches space not as a neutral backdrop but as something shaped by forces, behaviours, memories and systems of power.

In « Flow », Adriaan Lokman makes visible one of the most elusive elements surrounding us: air. Currents, turbulence and pressure become a way of perceiving the world, suggesting that space is defined as much by invisible forces as by solid forms. Jan Verbeek’s « On a Wednesday Night in Tokyo » shifts this question towards the body. In the compressed interior of a Tokyo subway carriage, urban space becomes a choreography of density, discipline and routine, where collective movement is regulated to the limits of physical capacity.

With « Paradise », Max Philipp Schmid examines another form of spatial construction: enclosure. Gardens, greenhouses, fences and carefully organized landscapes become expressions of the desire to produce an ideal environment, while also revealing impulses towards separation and withdrawal. The question of who can claim or create a space becomes more intimate in Dania Bdeir’s « Warsha ». High above Beirut, a crane operator temporarily transforms a dangerous workplace into a private territory, a space in which another self can emerge beyond the gaze of the city below.

The programme then turns towards spaces that have been erased. Antoine Chapon’s « The Orchards » addresses the destruction of Basateen al-Razi in Damascus, where a district and its orchards were razed following the uprising against the Syrian regime. Space here persists through memory, testimony and images even after its material disappearance. Reconstruction becomes both a political and cinematic act: what has been destroyed can still be recalled, reassembled and contested through representation.

Stéphanie Lagarde’s « Minimal Sway While Starting My Way Up » closes the programme by extending these questions vertically and systemically. Through the consciousness of an intelligent elevator, the film connects the extreme height of the speculative skyscraper to the extreme depth of the mine. Architecture, extraction, technology and capital become part of the same spatial continuum, making visible relationships that ordinarily remain hidden.

Across these works, space emerges as unstable and relational: sensed through movement, compressed by infrastructure, enclosed by desire, appropriated through imagination, reconstructed through memory, and organized by economic and political forces. Rather than proposing a single definition of space, « Configurations » brings together different ways of understanding how spaces are made and, in turn, how they shape the bodies, lives, and histories within them.

Free entrance.
Following its presentation at La Kunsthalle Mulhouse, Configurations will be available worldwide for one week as part of WF Online Series 2026.

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Chantal Molleur a travaillé pendant plus de vingt ans dans le domaine des arts médiatiques au Canada, où elle s’est consacrée à la distribution et à la production d’expositions. Après s’être installée en Suisse en 2005, elle a cofondé White Frame et a organisé plus de soixante projets, notamment des projections et des expositions. Sa pratique curatoriale se concentre sur les arts médiatiques et leurs intersections avec les arts visuels, favorisant le dialogue entre les images animées, les pratiques artistiques contemporaines et des publics variés.


Autour de chaque exposition, une programmation culturelle variée invite les publics à aller plus loin dans la découverte.
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